mardi 10 novembre 2009

La Pyramide du Louvre



9 novembre 2009

Il est égyptien. Je le connais depuis deux ans. A l'époque, il venait tout juste, après de longues années d'attente de bénéficier du regroupement familial. Son épouse et leurs quatre enfants étaient d'arrivés en France, des rêves plein la tête. "Là-bas me dit-il, je leur avais construit un palais... alors ils s'attendaient à ce qu'ici je sois président...."
Il est égyptien, il est en France depuis dix neuf ans. Il est ouvrier dans le bâtiment, et tout juste quinze jours après leur arrivée, il chutera d'une verrière située au 4ème étage d'un immeuble. Séquelles.
Au cours de ces deux années, nous avons évoqué sa situation administrative, l'intégration scolaire des enfants, les plus jeunes d'abord, et puis les plus âgés, qui avaient poursuivi de brillantes études universitaires en Egypte.
Aujourd'hui, pour la première fois, il dit, avec des mots qu'il n'a pas appris à dire en français sa honte, son sentiment d'échec, sa responsabilité d'homme, sa femme qui ne parvient pas à trouver sa place ici, leur relation... le pas de chance...
Il repense à ce jour de juillet, sur le chantier. Ce jour là, il voulait les amener voir la Pyramide du Louvre "pour qu'ils se sentent un peu chez eux ici" m'avait-il dans un sourire...

mercredi 4 novembre 2009

QUARTIER PASTEUR III



27 juin 2009

Fête de Quartier - Saint-Ouen

QUARTIER PASTEUR II




27 juin 2009
Une vingtaine de photos réalisées lors de la fête de quartier seront exposées à la Maison de quartier Pasteur à Saint-Ouen dans le cadre de la semaine des droits de l'enfant du 16 au 21 novembre 2009.


QUARTIER PASTEUR I





27 juin 2009
Fête de quartier à Saint-Ouen

jeudi 22 octobre 2009

Je bleu du noir

Aubervilliers, juin 2009
Miles Davis. Sans ascenseur pour l'échaffaud, juste une échelle, c'est plus tendance, bouleversement durable.
Le dimanche, je flanelle, je tweed un peu.
La semaine, je bleu du noir dans une taule froissée par l'économie de marché.
On m'entreprise éthique en toc, on m'écologise d'un zeste pressé.
Et je bleu du noir, cadence, dans une taule froissée par l'économie de marché.
A ma chaise à la chaîne je m'enchaîne, mais ma chaîne a la chaise électrique ces temps-ci, c'est la crise.
Sans apparat je chute, c'est pas à nous qu'on donne les parachutes.
Maintenant, j'me aiRaiMIse, je eRrhaisSAsse. Je bleu du noir, brisé par l'économie de marché.
Je france d'en bas, sans ascenseur pour l'échaffaud, juste une échelle, perfide, aux barraux brisés par l'écnomie de marché.

mardi 18 novembre 2008

SAMU SOCIAL 93


14 novembre 2008
Sur le bord du Canal Saint Denis, un homme dort dans un tente.
Sur l'autre rive, les lumières d'un bar scintille.
Il y a quelques années encore l'homme en était propriétaire.

jeudi 23 octobre 2008

L'autre rive





16 mai 2008
Théâtre de la Commune

Fabrique théâtre




























28 juin 2008

Quartier Pasteur.

Superman de Belleville








Aux champs Elysées


10 octobre 2005
"Il n'y a pas de misère en France" disait l'autre...

Insalubre





11 avril 2006
Madame Y habite aux portes de Paris, avec les rats.

Luttopie




8 mars 2006
Rassemblée, la jeunesse ne fait pas de quartier et ne veut pas d'emploi ghettos.

mercredi 21 novembre 2007

Tripalium


Laurence Parisot, présidente du MEDEF, suggère d'abolir la durée légale du travail.

mardi 30 octobre 2007

140 %


Demain à l'assemblée, il sera proposé que le salaire du Président de la République soit augmenté de 140%.

En juin dernier, ce même président avait refusé que le SMIC soit augmenté de 1%


... Tout devient possible...

vendredi 12 octobre 2007

Expo photo du 5 novembre au 20 décembre 2007

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lundi 9 juillet 2007

L'enfant, la ville et l'homme politique

5 mars 2006
Alors que je ferme la porte des locaux de l'institution dans laquelle je travaille, dans le quartier des Quatre Mille, deux enfants d'une dixaine d'années, le regard inquiet, m'interpellent:
- Ici aussi ça va être détruit ?
- Non, réhabilité simplement
- Ah bon... répliquent-ils, semble-t-il rassurés.
- Ca veut dire quoi réhabilité ? demande l'un.
- Ca veut dire qu'ils vont faire des travaux pour que ça va être plus beau dit l'autre.
- Cool, moi je l'aime bien ma ville, c'est bête de la détruire alors qu'il y a des gens qui l'ont construite.
Dans le quartier, les premiers relogements du Petit Balzac qui sera détruit en septembre 2007 commencent bientôt: des enquêteurs ont fait savoir qu'ils passeraient pour recueillir les souhaits des locataires.
Dans le quartier, chez les commerçants, les services publics de proximité, tout le monde en parle.
Ensuite ce sera au tour du Grand Balzac.
Et après ? A qui le tour ?
La ligne du bus 302 voyage en Seine Saint-Denis. Le chauffeur a mis la radio. Un homme politique explique que les jeunes des banlieues manquent de repères, et qu'il est urgent de leur en bâtir...

jeudi 14 juin 2007

L'autre et l'ailleurs

25 mars 2007

Lisbonne. Dans un élévador, un couple de retraités français coche les lieux visités sur une liste excellisée:
- Tram 28, c'est fait
- Belem, on est passé devant, c'est bon
- Barrio Alto, on y est passé en tram
Ils semblent le plus sérieux du monde, emprunt même d'une fébrilité consumériste.
De retour chez eux, sans doute assureront-ils avec fierté qu'il ont "fait" le Portugal...

Livre d'heures d'une assistante sociale

13 mai 2004
6h30, l’accordéon de Yann Tiersen chante une valse lente dans la chambre…
Ce matin, c’est décidé, je prendrai « un temps pour moi » avant que de partir au bureau… temps de café, de lecture, de réveil à soi, et au monde, à petites gorgées… Et puis regarder K. qui dort tout bas à mes côtés.
7h15… K. me secoue « T’es à la bourre, réveille-toi ! ». Yann Tiersen hurle une valse entêtante dans l’appartement. Journée pompier… comme on part au feu, je pars à Stains.

La douche, le sac, cahier de perm., répertoire, dossiers, documents - 8kg - tant pis pour le petit déjeuner, j’achèterai en chemin, tant pis pour la piscine de ce soir, pas la place, pas le temps… Et merde, j’suis pas coiffée… et puis, qu’est ce que ça change…
RER… dans mon sac, le bouquin commencé la veille… ce matin, je m’approprierai l’heure de RER… mais… pas de place… collée contre la vitre, je regarde passer l’Ile de France… coup de fil quasi quotidien « Je serai en retard, il y a un colis suspect à gare du Nord »… 1h30 à ne rien faire d’autre que patienter…

Le café d'en face: Bonjour, vous allez bien - poignée de main virile- faut que je vous parle de mon frère… et je l’écoute me parler de son frère.

Entretien… Tenter de garder en tête l’importance du faire /faire faire/faire avec… ne rien faire, aussi parfois, simplement…
Courriers, téléphones…
S’étonner de ces vies, mises en présence… au-delà des drames, des angoisses, suscitant la rencontre… S’étonner de ces vies que je découvre, de ces vies qui se livrent… cadeau…
Et puis toujours, jeune professionnelle chancelante, flirter sur le fil de la relation d’aide et de l’activisme facile…
Aujourd’hui, j’ai la pêche, je m’accroche à mon fil éthique… [étique ?]

Entre deux entretiens, sourire aux collègues, échanger quelques infos, et faire le clown…

13h30 Retour à La Courneuve, pour ma suite de perm… ¾ d’heures de bus, et un sandwich pas très diététique plus tard, retrouver dans mon bureau au sous sol M. et A. Partager autour d’un café les situations qui questionnent.

Corriger un courrier, refaire une feuille de frais (« non, faut que tu la refasses, t’as fait une rature, ça passera jamais à la compta"), manger un chocolat, rêver quelques instants, et se sentir coupable, draguer d’un peu plus près ma copine Anaiss[1], perdre un courrier, et chercher un prospectus, faire parfois beaucoup de bruit… pour rien ?
...et puis recommencer… demain…
[1] Dossier social informatisé

Verlaine, Debussy, Musset et les autres...


19 aout 2003
Clos Saint-Lazare. Aujourd'hui, j'ai réellement plongé dans le quart-monde, des gueules à la Jeunet, des voix à la Zezette, mais sans l'envie de rire du tout, plutôt cour des miracles:
- Bah ouais, j'ai pris mon flingue, et j'ai tiré, mais qu'est ce que vous voulez, cette bande de jeunes sous ma fenêtre, tous les soirs, j'en pouvais plus... et en plus à cause d'eux, j'me suis payé une garde à vue...

"La rue m'a pris autant qu'elle m'a appris"


29 janvier 2006
Dans la rue tout le monde l'appelle Papy... peut être parce que Kader a le sens de la débrouille, et ne manque jamais de rien... peut-être aussi parce comme il le dit lui même, après 14 ans de rue, "je mets le pieds à l'étrier de ceux qui débarquent pour pas qu'ils s'enfoncent trop vite"
Papy a une règle de vie à la rue: ne jamais tendre la main pour conserver une bonne image de soi... et Papy me dit ne manquer de rien... d'autant plus depuis le défaut de fabrication d'un lot de tentes d'une grande chaîne sportive qui a valu à Médecins du Monde de pouvoir abriter pour l'hiver les personnes sans abri ne sollicitant pas le 115.
Papy est un homme du quartier, connu, et reconnu... il ne l'a quitté que 17 ans dans sa vie, le temps d'un séjour en prison; dont il garde avant tout le souvenir de Madame Patou, institutrice, qui lui a donné "les trippes d'écrire"... et Papy écrit avec des mots de Paris et de la rue qui sonnent juste...
" C'est pas la France d'en bas ici, c'est la France du sous-sol"
Papy est prévoyant: toujours un peu d'argent de côté, toujours un litre de rosé de côté... pour endiguer la gigite du matin...
Papy a un garçon de 25 ans, et une fille de 23 ans, qui me dit-il a choisi de le rejoindre à la rue...
Papy a ses mythes, et ses légendes personnelles, l'empêchant de sombrer, et le maintenant dans un principe de réalité à peine altéré: " je suis là, c'est comme ça, je peux pas revenir en arrière, alors faut faire avec c'qui a" .
Papy est un homme charmeur, au regard expressif, qui plait aux femmes, et il le sait... il me demande de le photographier, "c'est Brigitte qui sera contente", me raconte qu'un portrait de lui a un jour été exposé...
Je reviendrai lui apporter ses clichés... en prendre d'autres peut-être, et continuer d'apprendre à connaître l'homme et ses légendes...

De nouveaux rapports de force ?


7 novembre 2005
Ce soir, dans la commune où je travaille, les associations et la mairie avaient invité à une marche dans "LE" quartier afin de manifester le refus de la violence et l'exigence de moyens concrets pour un mieux-vivre dans ce que le maire appela "les quartiers populaires (...) avenir de la France".
Habitants, professionnels du social ou de l'éducation, services publics, syndicats, élus se sont rassemblés sur une place tristement symbolique de la Cité (théatre du meurtre d'un enfant en juin dernier) et se sont dirigés silencieusement vers la toute nouvelle place de la Fraternité...
Là, le maire s'est adressé à la population, appelant au calme, fustigeant le gouvernement, déplorant la baisse des moyens humains et financiers dans les quartiers, s'indignant des fausses promesses... et ...
... invitant à "de nouveaux rapports de force"...
... construits sur la base de revendications et de lutte contre la précarité, le chômage, l'exclusion, et la sollicitation d'actions concrètes en faveur du logement, de l'éducation, et de la formation...
Il a ensuite enjoint l'assemblée à prendre la parole... élus et syndicalistes se sont succédés... brièvement... allocution du premier ministre à venir oblige...
... De nouveaux rapports de force ?...

A l'occasion de ces discours, j'ai noté:
- aucune adresse aux jeunes des quartiers présents pourtant sur notre passage, dans le hall des immeubles, ou sur les bas côtés, pour leur témoigner, au-délà du caractère inacceptable des violence, de la reconnaissance par la société civile de leur situation et de leur revolte
- aucune propostion encore, à l'adresse de ces jeunes pour mettre en place ensemble des espaces d'expression et de revendication organisés constructifs et porteurs...
- aucune place faite à la parole des habitants du quartiers...

... De nouveaux rapports de force ? ... Encore faudrait-il RECONNAITRE les forces en présence...
... J'ai le sentiment que tant que cette reconnaissance n'aura pas eu lieu, les violences se perpétueront...

Quartier fantôme


7 octobre 2005
Quartier Chapelle/Stalingrad. Partout boutiques et fenêtres murées... Quartier déjà fantôme...
Des pétitions écrites en français et arabe, placardées...

On vient vers moi. "Vous êtes journaliste ? photographe ?" ... Sans même attendre une réponse, on parle, on raconte... pour dire, et pour être entendu... logghorée compulsive... pour conjurer l'angoisse... et le sort ?
"J'habite Clichy maintenant, avant j'allais à la Mosquée au bout, et je venais ici pour acheter des bas à ma femme" me dit-il en m'entraînant davant une boutique au rideau de fer graffé "Solidarité avec les Sans-Papiers. Personne n'est illégal"

Dans un petit café "Le Lozérois", on s'agite... miel, farine, pétrin, et fleur d'oranger,... les femmes préparent du pain et des galettes, sous le regard du tenancier à moustache auvergnate.

L'inconfort de la modernité


7 octobre 2005
Rue Caillié, j'observe l'enseigne écaillée de l'Hotel du Progrès, en vue de quelques clichés...
Arrive un homme, il me demande de le prendre en photo, devant l'hôtel.
Monsieur F. a vécu quinze ans à l'Hôtel du Progrès. Bientôt, l'immeuble sera rasé. Il ne sait pas s'il sera relogé... il ne sait pas où il sera relogé.
Il me demande de le prendre en photo "pour me souvenir" me dit-il.
Derrière mon objectif, je n'ai pas eu le coeur de lui demander de sourire, pas eu l'envie de la parole complice, qui déride...

Distance I

27 novembre 2004
« Ecrire (…) là se joue la distance qui fait voir »
Donner à voir nos pas à pas d’anthropologues.
Donner à voir pour que le travail social ne soit pas qu’étouffe misère, que cache souffrance, qu’éponge à honte.
Donner à voir nos vies de fourmis titanesques.
Donner à voir ce(ux) que l’on cache
Distance, à mi chemin, entre la France d’en haut, et la France d’en bas, professions intermédiaires, regard média, regard (re)médiant… mais pas médiocre.
Distance, écho, passeur… microscope insolent, jongleur de paradoxes…
Distance, pour mieux donner la place.. pour mieux prendre sa place.
Et si les mots n’étaient que mots ?
Parfois je doute, et me redoute… déroute…
Parfois, aussi, un mot un seul suffit à redonner à ma plume fiel et délicatesse… celle qui donne à voir

La plus belle ville du monde ?


10 octobre 2005
Ce soir, une amie m'interrogeait sur "la valeur cliché de mes photos", mettant l'accent sur la partialité de mes prises de vues sur les quartiers nord de Paris
Il est certain qu'à l'heure du marché, la Goutte d'Or s'anime de boubous chatoyants, qu'on y découvre des épices, des poissons, des fruits et des légumes venus d'ailleurs, émerveillé.
Pour qui aime la world musique, et le jazz ethnique, les cafés de la Goutte sont un royaume...
Il est certain que Stalingrad, c'est aussi le siège de grandes institutions, aux messieurs en cravate...
Il est certain qu'à Jaurès, Jacques, Philippe et Mohamed dévalent encore les pentes allongés sur leur planche à roulettes en se prenant pour Superman...
... mais cela ne fait pas oublier l'odeur de merde, l'eau courante au bec de cygne rue Caillé, la désinvolture des services d'hygiène et de propreté, pour cause de démolition à venir, les conversations dans les cafés, les manifestations spontanées, les mots et regards hagards des habitants à qui l'on va détruire histoire espoirs et souvenirs et pour qui la trajectoire migratoire n'est pas encore finie... car ne seront relogés que les titulaires de carte de séjour (les titulaires d'Autorisation Provisoire de Séjours, en attente de traitement de dossier, iront grossir le rang des appelants du 115, quant aux Sans Papiers... Solidarité ?)
Cela ne fait pas oublier non plus le crack de Chateau Rouge, l'héro de Stalingrad, et puis le prix du mètre carré, dans les jolis logements neufs qu'occuperont bobos.
"C'est le Tiers-Monde" me disait-elle à propos de mes photos... elle n'avait pas tout à fait tort, certaines associations vont même jusqu'à parler de Quart-Monde (ATD)
Bien sûr ces quartiers sont riches ! Riches de solidarités locales et d'initiatives originales: cafés, lieux culturels, accueils sociaux, collectifs d'habitants... ALTERNATIFS
Mais... alternatifs à quoi selon vous ?

Souhaiter et valoriser les solidarités locales et le mieux vivre d'un quartier, ce n'est pas cacher la misère, bien au contraire... c'est en prendre conscience, pleinement...

Cadeau de Noël


24 décembre 2005
Montmartre. Peu de touristes. Un coucher de soleil rougeoyant sur Paris, et Zgreg et Gianluca, jongleurs de feu.

mercredi 13 juin 2007

Je me souviens

12 juillet 2004
Madame Minerve était instructrice d’auto-école.
Un jour qu’elle allait acheter son pain, un automobiliste a grillé un feu, et l’a renversée.
Depuis, Madame Minerve n’a plus l’usage de la mémoire immédiate. Elle oublie tout, partout, tout le temps…
Pour pallier à cette amnésie, Madame Minerve « poste-it »
Elle poste-it sur le frigo : « Un clafouti, des œufs, une salade verte »
Elle poste-it sur le placard : « J’ai déjà des chaussettes »
Elle poste-it sur son bureau : « Comme j’ai l’AAH, ne je ne peux pas avoir de CMUc, c’est pas juste, mais c’est comme ça »

Ce matin, Madame Minerve m’a appelée…
- Quand vous êtes venue chez moi, hier… vous avez oublié votre pull

Sociale Boucherie

27 mars 2005
Malika est venue me demander de l’aider à trouver un séjour de vacances pour personnes handicapées. Cet été, elle a envie de partir à la montagne.
Malika a 32 ans, elle souffre d’un problème osseux, et de troubles du comportement.
Il y a deux ans, elle a été victime d’un viol sur le quartier.
Désireuse de l’accompagner vers un séjour correctement adapté, j’appelle l’intervenante chargée de sa rééducation fonctionnelle, pour mieux appréhender ses potentialités de mobilité.
Nous faisons le point sur la situation, et le procès à venir.
- Vous savez, me dit-elle d’un ton ampoulé, j’ai une solide formation en psychologie et psychiatrie.
- Vous être psychologue, médecin ?
- Non psychomotricienne
- Malika, il faut savoir ce qu’elle veut… on ne peut pas à la fois souhaiter avoir un petit ami… et ne pas accepter de se faire violer… Et puis, franchement, il est préférable de se faire violer adulte que d’avoir un cancer généralisé, vous ne pensez pas ? … Enfin…quoi qu’il en soit, je vous envoie une brochure sur les séjours adaptés.

Quelques jours plus tard, je recevrai une plaquette sur les randonnées pour enfants hyperactifs de 4-17 ans.

Histoire de cycles


5 mai 2005
L’homme et la femme ont 50 ans, des trognes d’ouvriers, des vraies, des comme on n’en fait presque plus... 36 ans de travail comme égoutier pour Monsieur. 35 années de tri des ordures ménagères pour madame.
Ils viennent me voir parce que l’un comme l’autre ne peuvent plus, pour des raisons de santé exercer leur métier. Alors le médecin conseil leur a parlé de la possibilité d’un reclassement professionnel par le biais de la COTOREP..
- Nous on veut bien être recyclés… mais dans quoi ? m’interrogent-ils
- Euh « reclassés » corrigè-je dans un sourire…
-Recycler, reclasser… c’est pareil… avant on était dans la merde…maintenant on est de la merde.

En lutte

30 aout 2004
Hier tu me demandais: "tu dois pleurer tout le temps au boulot, tu fais comment ?"
Et bien non, au boulot, jamais une larme ne m'est venue, jamais... au boulot, j'ai plutôt envie de montrer des dents, façon le chien, à ces putains de médecins, "qui font leur boulot", certes, mais qui ne soignent pas les gens vraiment parce qu'il ne les regardent pas ou ne les entendent pas en plenitude... envie de montrer des dents quand on manque de moyens, et que fatalement Monsieur Machin, sans ressources depuis 3 mois (parce qu'il est bégue et que le service n'a pas compris qu'il demandait le Rémi !!!) au bord du gouffre va un jour finir par "éclater la gueule à la famille Troare" dont il croit qu'elle a touché le gros lot à la CAF (mieux que le loto dis donc, on devrait essayer !)
Dans "les fins fonds du 93", quand tes droits tardent à venir, parce que Madame Michu peut pas signer le putain de document qui déclencherait le paiement, parce qu'aujourd'hui c'est le repas de fin d'année, et demain la fête des mères, et après demain la fêtes des mal baisées...quand tes droits tardent à venir, et que t'es dans la merde, t'as le choix entre deux choses: une aide financière d'urgence (délai 15 jours à 2 mois selon les organismes, et te demandant la batterie habituelle de papiers justificatifs), et les usuriers des temps modernes, cofidis and co... réserve d'argent versée en 48H, sans aucune pièce justificative... et nous on récolte... essaimant par flopées des dossiers de surendettement... on ferait quoi nous, à leur place dis moi ?
Et je pourrai t'en sortir des milliers de trucs comme ça... un service spécialisé dans le maintien des personnes malade ou âgées à domicile (c'est nous...c'est super louable en soi !) travaillant dans des communes, où il n'y a aucune association de soins ou aide à domicile, ou bien alors "oui on intervient, mais uniquement en centre ville" (de ces villes s'étalant à perte de cité)
Non franchement, ça me donne bien moins envie de pleurer que Jessica, sur M6 se demandant si oui ou non elle va quitter Johnny pour partir avec Jason, qu'elle aime, "malgré qu'il" ait des shoes de naze. (mais Johnny lui, il a un rire débile, et c'est pour ça qu'elle l'aime plus)... ils sont venus pour tester leur amour...
Et moi, du plus profond de mes racines, moi et ma volonté de croire et de vouloir l'Homme digne, libre, irréfragablement, ... il y a des jours où c'est le crash test... et ces jours là, pour biaiser cette amertume… plume et regard de fiel.

La voix de son maître

15 avril 2006
A la terrasse du café d'en bas, un homme à la voix de doublure de western américain rappelle à l'ordre son chien qui s'égare.
- Bandit !
Hèle-t-il à son yorkshire croisé teckel...

Impasse du Gaz


17 avril 2006
Saint-Denis. Quartier du Landy. Madame Jeanne a 87 ans. Elle habite le quartier depuis plus de 83 ans. "Il a changé le quartier" me dit-elle "plus d'italiens, plus d'espagnols, rien que des noirs et des roumains" dans les taudis environnants. Sa maison est la dernière habitée de la rue "à part les huit jeunes roumains et leur mère qui vivent dans le réduit de l'ancienne usine d'en face, tenez venez voir, si c'est pas malheureux". Autour, usines brulées, ou désaffectées, immeubles condamnés. Elle me raconte qu'"ils" sont venus lui proposer de quitter sa maison pour une maison de retraite. Mais Madame Jeanne elle, elle veut pas. Elle est pimpante et malicieuse. "J' ai pas tant de cheveux blancs que vous trouvez pas, regardez ?... Et puis je me maquille encore !"
"Ils" vont construire des pavillons à côté, et des loft "qu'"ils" ont dit".
Madame Jeanne me raconte les vols, les poules et les oeufs échangés avec les habitants du quartier, la petite dernière de la famille Traoré qui veut devenir coiffeuse, le jeune roumain "beau comme un ange" ,la carabine dans l'entrée, et puis les incendies... surtout les incendies.
Madame Jeanne habite Impasse du Gaz...

Une réduction peut en cacher une autre

10 octobre 2005
Elle a la beauté des vieilles femmes afro-américaines… Le teint d’ébène, les cheveux gris. Elle vient d’Haiti. Elle est femme de chambre dans un grand hôtel parisien… Sans doute le touriste étranger pense-t-il qu’elle fait couleur locale… elle a "le plus" colonialiste…
Elle est femme de chambre depuis trente ans, trois heures par jour, pas assez pour ouvrir droit aux indemnités journalières de la sécurité sociale… et aujourd’hui… sa hanche ne la soutient plus…. Elle en a parlé au patron…
Elle est assise dans mon bureau, le regard fixé sur ses genoux, comme une enfant fautive.
Je lui demande si au travail, elle a vu le médecin, si on lui a parlé du licenciement pour inaptitude médicale…si on a pensé à une adaptation de poste.
Elle n’est plus payée depuis trois mois.
"Le patron… il m’a mis en marche à pieds … comment voulez vous que je fasse…. Je lui ai pourtant dit que j’avais mal aux jambes moi… et puis il m'a dit qu'il fallait réduire le personnel, alors j'ai arrêté de parler de moi."
"Nul n'est censé ignorer la loi"
nous dit-on... mais au fait... à qui est-on censé la faire connaître ?

Quartier Nord

3 mars 2006
Boulevard Barbès. Vitrine d'une épicerie afro où se mèlent dans un joyeux syncrétisme, grigris, perruques, épices, savons, tissus, icônes, bibles, et tapis.

Square Polonceau

24 février 2006
Goutte d'Or. Un homme en burnous aiguise son couteau sur la pierre d'un muret du square Polonceau.
Un peu plus loin, des hommes entourent de rires et d'invectives deux joueurs de dame attablés sur la place.
Paris a des accents d'ailleurs.

... et s'y casser les dents...


4 mars 2006
Je suis retournée près de Lariboisière, dans l'idée de retrouver les deux hommes photographiés au cours de ma déambulation du 7 octobre.
Le salon de rue s'est étendu. Ils étaient trois en octobre, ils sont désormais huit, mais "Robin Williams et de Niro" ne sont plus là. Ils ont quitté le lieu il y a un mois. Personne ne sait où ils sont partis.
Seul deux des résidents sont éveillés. Ils est 17 heures, ils mangent des bretzels, et des toast de tomates poivrées.
L'installation s'est étayée, et organisée: fauteuil, meubles de rangements, déco...
Ils parlent peu français. L'un me taxe une clope, et s'éloigne.

L'autre homme, assis sur son fauteil de bureau directorial est accompagné de deux jeunes gens, 15- 16 ans qui s'embrassent avec l'ardeur retenue que l'on a à cet âge. Je devine qu'ils ne sont pas de la rue.

Le jeune homme parle un très bon français, un peu saccadé. La jeune fille, à la beauté encore enfantine - malgré sa tenue et son maquillage excessifs - est sa petite amie.
Il est arrivé en France il y a trois ans, il vit avec sa mère, et Maciej (Matthias), l'homme de la photo est son père.

Maciej a l'allure de ces ours de la quarantaine entamée, roublard, de bière rondouillart, jean, cuir, anneau, et casquette vissée. Il y a un an, son épouse et lui se sont séparés. Sans titre de séjour, il a essayé de trouver du travail le matin sur les chantiers... et s'est cassé les dents.

Matthias se moque de mon pantalon de vareuze effrangé par l'usure, et me fait comprendre au travers de quelques bribes de français de lui rapporter sa photo.

On n'arrête pas le progrès !


7 mars 2007
Monsieur D. est arrivé en France il y a 30 ans. Il vit depuis dans la même chambre d'un foyer de travailleurs migrants de La Courneuve.
Avec ceux qu'il appelle ses collègues, il verse chaque mois 4 euros sur un compte, en prévision d'intempéries, ou d'aléas survenus au village, au Sénégal.
Monsieur D. a le regard fier, et le sourire bon quand il m'explique que leur collecte a permis, il y a peu de financer la création d'une infirmerie au village.
Moi... tous les mois, je donne 4 euros à ma banque pour la gestion administrative de mon compte. Et l'on voudrait nous faire croire que l'Occident libéraliste est générateur de progrès...

L'air du temps


15 février 2007
Monsieur K. vit en France depuis 1955. A son arrivée, il habité dans les bidonvilles de Saint-Denis et a travaillé dix ans durant comme manut dans une usine de conditionnement de matériel d'oxygénation médiciale.
Aujourd'hui, Monsieur K. est sous assistance respiratoire permanente.

La loi du marché


27 juillet 2006
Quarante six ans, manchettes, cheveux gominés, costumes impeccables. Antoine Dumas a vendu au porte à porte des encyclopédies, des pavillons, du vin, des cuisines aménagées, des sacs de congélation, et des montres de luxe... rapide, méthodique, rigoureux.
"Qu'importe la coupe, pouvu qu'on ait l'ivresse" me dira-t-il un jour.
Et puis un jour d'objectif non atteint, de contrat non rempli, Antoine Dumas a détruit à grands coups de mocassins cirés les rétroviseurs de la rue B. ... Rapide, méthodique, rigoureux... 100% des rétroviseurs de la rue B.
Jugé irresponsable, et condamné à l'injonction thérapeutique, Antoine Dumas bouffe du cacheton depuis dix ans...Ralenti, extatique, silencieux.

Marcher dans une ville d'Europe

7 octobre 2005
Rue Maubeuge. Un groupe d'hommes a élu "domicile" sous l'auvent d'un immeuble. Récupérant du mobilier de bureau jeté, ils ont aménagé un surréaliste "salon de rue"... il y a même des fleurs sur la table...
Il sont polonais, ils viennent de Belgique, et sont en France depuis un mois... pour trouver du travail, à l'aube, sur les chantiers...
Au teint ictère de l'un d'entre eux, alité, il y a fort à parier que certains d'entre eux finiront à Lariboisière, si on veut bien les accepter.
Ils me demandent de les prendre en photo: "On est des frères", me disent-ils... de galère...
Je ne peux m'empêcher d'avoir un pincement au coeur, à la vue de ces gaillards venus en terre promise ( "y a pas mieux qu'ici" ) pour s'y casser les dents...
Lu dans Le Monde ce soir, l'éditorial, suite à la mort des six émigrants africains au feu des barbelés, et des tirs de police espagnols.
... "Marcher dans une ville d'Europe... c'est déjà ça" ?

mardi 12 juin 2007

Le temps des cerises


4 octobre 2005
Il est resté longtemps à Bastille, contemplant passer le défilé dans son uniforme d'un autre temps, suscitant les regards, les questions, les sourires respectueux, les étonnements... il est resté longtemps, mystérieux, englobant le temps de son regard... et lorsque le cortège CGT des éboueurs est arrivé, il a filé dans la foule à petits pas de vieux, énergiques, enthousiastes, parmi ses collègues en uniforme... vert...


Aux Champs Elysées

23 juillet 2003
Monsieur K est malien. Il a le verbe des griots du pays dogon… cynique et philosophe. Ce matin là, en me serrant la main, à la fin de l’entretien, il me dit :
« Quand on n'est pas instruit, c’est la force qui fait de nous un homme, et quand on n'a plus la force, c’est quoi ? »

mardi 22 mai 2007

Chronique d'un beau quartier


23 octobre 2005
J'ai pour habitude de transhumer par la porte de Versailles (15 ème), le dimanche...D'ordinaire, c'est un quartier plutôt calme... où il ne se passe rien, si ce n'est les perturbations liées aux travaux du tram... et les bouchons des salons...Un quartier sage, aux familles vert bouteille, aux vieilles encanichées... des ces îles parisiennes, enclavées... ghettos blancs...et les bouchons des salons...
Et ce week end justement, il y a pléthore de salons: le salon de l'optique, le salon de la femme ("un salon dédié à toutes celles qui cherchent des réponses concrètes aux différents aspects de leur vie, et de leur bien-être personnel. Des journées d'exception dans une ambiance conviviale et complice" NCA Event)... et le Raimbow Attitude...
Aux terrasses, que le soleil d'octobre, fièrement réchauffe... des couples d'hommes et de femmes, gays, lesbiens, hétéros mêlés sirotent leur dimanche... autorisés ???... à la vitrine d'un de ces mêmes cafés, une affiche du Raimbow Attitude, pendue par les pieds... Les gens des beaux quartiers affirment qu'il est des endroits à Paris où il est préférable de ne pas se promener seul(e), le soir...
...Chronique d'un beau quartier ?

On est en finale ?


10 juillet 2006
Au coin des rues, sur des affiches grand format, s'étale en lettres sang: "Paris aime les bleus".
Ce matin, en entretien, une femme fait l'inventaire des ecchymoses reçues hier soir pendant le match.

Cartes postales de Montmartre


9 octobre 2005
Ce matin, devant Médecins du Monde (18ème), une femme se lave le visage, agenouillée dans l'eau du caniveau.
Elle utilise une crême de douche... "spécial douceur, aux extraits de vanille"

8 décembre 2005
Près de la maire du 18ème, une femme fouille dans une poubelle remplie de vêtements.
Elle m'interpelle:
- Vous pensez que ça me va me dit-elle en enfilant une veste de blazer verte, ça fait féminin ?
Je suis restée quelques minutes, à commenter ses essayages... nous avons ri...
Pensées connexe pour "Les glaneurs et la glaneuse" de Varda, "Les naufragés", de Declerk, et "Bone" de Chesbro...

Ligne 302


Il est 20 heures. Je suis à l’arrêt du bus de la ligne 302, qui va de La Courneuve à Gare du Nord. Je pars travailler. Je suis femme de ménage dans les trains… c'est vous dire si je voyage !